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Humanitaire : comment savoir si un projet est réellement utile ?

il y a 9 heures
6 min de lecture

Dans l’humanitaire, les bonnes intentions ne suffisent pas.


Un projet peut partir d’une idée généreuse, mobiliser des bénévoles, collecter de l’argent et pourtant avoir un impact limité, mal répondre aux besoins réels ou parfois même créer de nouvelles difficultés sur place.


C’est une question que nous nous posons régulièrement chez SOTERRIA : comment savoir si un projet est réellement utile ?


La réponse n’est jamais totalement simple, mais certains critères permettent de faire la différence entre une action ponctuelle, pensée depuis l’extérieur, et un projet réellement pertinent pour les personnes auxquelles il est destiné.



Partir d’un besoin réel, pas d’une idée séduisante


Le premier point paraît évident, mais c’est probablement le plus important.

Un projet humanitaire ne devrait pas commencer par : « qu’est-ce que nous avons envie de construire ou de faire ? », mais plutôt par : « de quoi les populations concernées ont-elles réellement besoin ? »


Il peut être tentant de partir d’une idée attractive, facile à présenter ou à financer. Pourtant, ce qui paraît prioritaire depuis la France ne l’est pas forcément pour les habitants d’un village situé à plusieurs milliers de kilomètres.


Une école supplémentaire peut sembler essentielle, alors que la priorité locale est peut-être l’accès à l’eau. Un bâtiment médical peut être inutile s’il n’existe aucun professionnel capable de le faire fonctionner. Du matériel peut être envoyé sans qu’il soit possible de l’entretenir ou de trouver les pièces nécessaires en cas de panne.


Comprendre le besoin implique donc d’écouter avant d’agir.


Cela passe par des échanges avec les habitants, les associations locales, les professionnels présents sur place et, lorsque cela est nécessaire, les autorités. Ce sont eux qui connaissent le territoire, ses contraintes et les solutions déjà existantes.



Un projet utile doit être adapté au territoire


Une solution efficace dans un pays ne l’est pas nécessairement dans un autre.

Le climat, la géographie, les ressources disponibles, les habitudes culturelles, le niveau d’équipement ou encore les moyens financiers peuvent complètement modifier la pertinence d’un projet. C’est particulièrement vrai dans des régions isolées.


Construire avec des matériaux importés peut, par exemple, augmenter considérablement le coût d’un projet alors qu’une solution utilisant des ressources locales existe. Installer un équipement très sophistiqué peut sembler intéressant sur le papier, mais devenir inutile s’il nécessite une maintenance impossible à assurer localement.


À l’inverse, des techniques plus simples, correctement adaptées au territoire, peuvent avoir un impact beaucoup plus important.


C’est l’une des raisons pour lesquelles nous nous intéressons particulièrement aux constructions en earthbag au Népal. Elles utilisent en grande partie des ressources disponibles localement, peuvent être adaptées aux contraintes sismiques et permettent également de transmettre un savoir-faire aux personnes qui participent au chantier.


Un projet réellement utile n’est donc pas nécessairement le plus moderne ou le plus coûteux. C’est celui qui fonctionne dans l’environnement auquel il est destiné.



Penser au lendemain


L’une des questions les plus importantes à se poser avant de lancer un projet est très simple : Que se passera-t-il lorsque l’association sera partie ?


Une action peut être très efficace pendant quelques semaines et perdre toute son utilité quelques mois plus tard.


Construire un bâtiment ne suffit pas s’il n’existe aucun moyen de l’entretenir. Installer du matériel médical ne suffit pas si personne ne sait l’utiliser. Financer un service ne suffit pas si son fonctionnement dépend indéfiniment de dons étrangers.


Pour nous, un bon projet doit donc intégrer dès le départ la question de sa pérennité. Cela peut passer par la formation de personnes sur place, l’utilisation de technologies faciles à maintenir, le développement d’une équipe locale ou encore la création d’un modèle permettant de limiter progressivement la dépendance à l’aide extérieure.


L’objectif devrait toujours être de rendre une communauté plus autonome, pas davantage dépendante.



Travailler avec les acteurs locaux


Aucun projet sérieux ne peut être construit à distance.


Les partenaires locaux jouent un rôle essentiel, non seulement pour organiser les actions, mais aussi pour éviter les erreurs de compréhension.


Ils connaissent les villages, les administrations, les réseaux professionnels, les habitudes culturelles et les difficultés propres à leur région. Ils peuvent également identifier des problèmes qu’une équipe étrangère ne verrait pas immédiatement.


Cette coopération doit être réelle.


Il ne s’agit pas simplement de demander à un partenaire local de mettre en œuvre une idée déjà décidée ailleurs. Il doit pouvoir participer à la conception du projet, remettre certaines décisions en question et proposer des solutions différentes.


Dans nos actions au Népal, cette dimension est particulièrement importante. Le travail mené avec nos partenaires sur place nous permet d’adapter nos projets aux réalités du pays et de bénéficier de connaissances que nous ne pourrions pas acquérir seuls.



Mesurer l’impact autrement que par les sommes dépensées


Un projet humanitaire n’est pas nécessairement réussi parce qu’il a coûté beaucoup d’argent.


La question importante est plutôt : qu’est-ce que cette dépense a réellement permis ?


Le montant collecté est facile à mesurer. L’impact l’est parfois beaucoup moins.


Prenons un exemple simple : financer une formation aux premiers secours peut coûter relativement peu. Pourtant, si les personnes formées utilisent ensuite ces connaissances pendant plusieurs années dans leur village, l’impact réel peut être considérable.


À l’inverse, un équipement coûteux qui reste inutilisé faute de personnel ou de maintenance produit très peu de bénéfices malgré son prix.


Il faut donc essayer de mesurer les résultats concrets : combien de personnes utilisent réellement l’infrastructure ? Le service fonctionne-t-il toujours après plusieurs mois ? Les bénéficiaires considèrent-ils qu’il répond à leurs besoins ? Le projet a-t-il créé de nouvelles compétences sur place ?


Les réponses à ces questions sont souvent plus importantes que le montant affiché sur une collecte.



Le coût doit rester proportionné à l’impact


L’efficacité financière fait également partie de la réflexion.


Lorsqu’un donateur confie son argent à une association, il est légitime qu’il souhaite qu’une part maximale de cette somme soit utilisée pour produire un résultat concret.


Cela ne signifie pas qu’il faut systématiquement rechercher la solution la moins chère. Certaines dépenses sont indispensables pour garantir la qualité, la sécurité ou la durabilité d’un projet.


Mais chaque dépense devrait pouvoir être justifiée par son utilité.


Lorsque deux solutions permettent d’obtenir un résultat comparable, privilégier celle qui mobilise moins de ressources permet d’utiliser le reste des fonds pour répondre à d’autres besoins.


Cette recherche d’efficacité est particulièrement importante pour les petites associations. Nos moyens étant plus limités, chaque euro doit être utilisé avec attention.



Accepter de modifier — ou d’abandonner — une idée


C’est probablement l’un des aspects les plus difficiles.


Lorsque beaucoup de temps a été consacré à un projet, il devient facile de vouloir absolument le réaliser.


Pourtant, une étude de terrain peut montrer qu’une idée n’est finalement pas adaptée. Un partenaire peut identifier une difficulté qui n’avait pas été anticipée. Le coût peut devenir disproportionné par rapport à l’impact attendu.


Dans ce cas, il faut être capable de modifier le projet, de le reporter ou parfois d’y renoncer.

Changer d’avis n’est pas un échec.


Au contraire, cela signifie que l’objectif reste de répondre à un besoin plutôt que de défendre une idée à tout prix.


Chez SOTERRIA, plusieurs projets évoluent considérablement entre les premières réflexions et leur réalisation. C’est normal. Plus nous avançons, plus nous obtenons d’informations et plus nous pouvons ajuster nos décisions.



Un projet utile doit pouvoir continuer sans nous


C’est probablement le critère qui résume le mieux notre vision.


Une association humanitaire ne devrait pas chercher à devenir indispensable.


Si une infrastructure, une compétence ou une organisation continue de fonctionner plusieurs années après le départ de ceux qui l’ont initiée, alors le projet a réellement créé quelque chose.


Construire une maison permet de protéger durablement une famille. Former des ouvriers à une technique adaptée permet de reproduire cette construction ailleurs. Former des habitants aux premiers secours permet à une communauté de mieux réagir face aux accidents. Créer une structure médicale gérée localement peut améliorer l’accès aux soins pendant des années.


Dans chacun de ces exemples, l’association finit par devenir secondaire.

Et c’est probablement une bonne chose.


Pour nous, l’humanitaire ne consiste pas seulement à apporter une aide. Il consiste à créer, avec les personnes concernées, des solutions suffisamment pertinentes et durables pour qu’elles puissent progressivement leur appartenir.


C’est cette exigence que nous essayons d’appliquer à chacun de nos projets : comprendre avant d’agir, travailler avec les acteurs locaux, utiliser les ressources de manière responsable et toujours nous demander ce qu’il restera lorsque nous ne serons plus là.


Parce qu’un projet réellement utile ne se mesure pas seulement à ce qu’il accomplit aujourd’hui, mais à ce qu’il continuera d’apporter demain.

 
 
 

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