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Pourquoi aider à l'étranger, au-delà de nos frontières ?

Des enfants en uniforme sont assis devant leur nouvelle école, construite en earthbag. Mission humanitaire au Népal, 2016.
Ecole en earthbag, au Népal, construite sur les ruines de l'ancienne école. L'ancienne école à été détruite par les séismes. Photo prise par Florian Cuisset. Agra, Makwanpur district, 2016.

Face aux difficultés sociales, médicales et économiques qui existent en France, une question peut légitimement se poser : pourquoi consacrer du temps, de l’énergie ou de l’argent à des projets menés dans un autre pays ?


Cette interrogation mérite une réponse sérieuse. Aider à l’étranger ne signifie pas considérer que les besoins présents en France seraient moins importants. La solidarité n’est pas un choix exclusif entre « ici » et « ailleurs ». Elle consiste à identifier les situations dans lesquelles notre intervention peut être utile et à mobiliser les moyens dont nous disposons pour y apporter une réponse adaptée.


Dans certains pays, et plus particulièrement dans les régions rurales ou isolées, des besoins que nous considérons comme fondamentaux restent encore largement insatisfaits. L’accès à l’eau potable, aux soins médicaux, à un accouchement sécurisé, à un logement résistant ou à une assistance en cas de catastrophe naturelle ne peut pas toujours être garanti.


Dans ces contextes, des moyens qui peuvent sembler limités à l’échelle française sont parfois capables de transformer durablement la vie d’une famille ou de toute une communauté.



Un même don peut produire un impact très différent


Lorsqu’une personne fait un don à une association humanitaire, elle souhaite naturellement que son argent soit utilisé au mieux. Elle ne finance pas seulement une dépense : elle espère contribuer à une amélioration concrète, visible et durable de la vie des personnes accompagnées.


Chaque don représente un effort. Il peut s’agir de quelques euros prélevés sur un budget familial, d’une collecte organisée entre proches ou d’un soutien plus important apporté par une entreprise. Quelle que soit la somme, la responsabilité de l’association est la même : faire en sorte qu’elle produise le plus d’impact possible.


Or, la valeur d’une aide ne dépend pas uniquement de son montant. Elle dépend aussi du contexte dans lequel elle est utilisée, du coût des matériaux, des rémunérations locales, des infrastructures disponibles et de l’ampleur des besoins auxquels elle doit répondre.

En 2024, le produit intérieur brut par habitant était d’environ 46 100 dollars en France, contre approximativement 1 447 dollars au Népal, soit un rapport proche de 32 à 1 [1].


En France, la construction d’un bâtiment, l’emploi de personnel ou la mise en place durable d’un service nécessitent des moyens financiers très importants. Le prix du foncier, de la main-d’œuvre, des matériaux, de l’énergie et du fonctionnement général peut rapidement rendre un projet inaccessible à une petite association.


Dans une région rurale du Népal, une même somme peut avoir une portée très différente. Elle peut contribuer à l’achat de matériaux locaux, rémunérer plusieurs ouvriers, financer l’acheminement d’équipements indispensables ou permettre la réalisation d’une part importante d’une infrastructure.


Selon la nature du projet et les solutions techniques retenues, atteindre un résultat comparable en France pourrait nécessiter d’engager quinze ou vingt fois la somme investie au Népal, parfois davantage. Cet ordre de grandeur ne constitue pas une règle applicable à toutes les situations : chaque projet doit être étudié et chiffré précisément. Il permet toutefois de comprendre pourquoi une contribution relativement modeste en France peut produire un effet considérable dans un pays où les coûts sont beaucoup plus faibles.


Il ne s’agit pas de rechercher le projet le moins cher ni de profiter des écarts de niveau de vie. L’objectif est de travailler avec des professionnels locaux, rémunérés conformément au contexte du pays, et de permettre à chaque euro collecté de répondre au maximum à un besoin essentiel.


Pour le donateur, cette différence est concrète. Une somme qui couvrirait seulement quelques heures de travaux en France peut financer plusieurs semaines de travail au Népal. Un budget permettant à peine l'achat d'un véhicule en France peut rendre possible la construction d'un bâtiment utile à toute une communauté dans un autre pays.


L’impact d’un projet dépend également de ce qui existe déjà autour de lui.

En France, malgré les difficultés, les délais et les inégalités territoriales, la population dispose de services publics, de structures hospitalières, de services de secours, de pharmacies, de dispositifs sociaux et d’un tissu associatif capable d’intervenir sur une grande partie du territoire.


Ces structures ne répondent pas toujours parfaitement à tous les besoins, mais elles existent. En cas de difficulté, il est généralement possible d’identifier un interlocuteur, un établissement ou un dispositif susceptible de prendre le relais.


Dans certaines zones isolées du Népal, ce relais n’existe tout simplement pas.

Une famille peut se trouver à plusieurs heures, voire plusieurs jours, du premier établissement médical en mesure de prendre en charge une urgence. Une complication de grossesse, une infection ou une blessure qui pourrait être soignée rapidement en France peut alors entraîner des conséquences irréversibles.


Les difficultés ne sont pas uniquement géographiques. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les dépenses directement supportées par les ménages représentaient encore 57,4 % des dépenses courantes de santé au Népal. Ce poids financier important contribue aux inégalités d’accès aux soins et peut contraindre certaines familles à différer ou abandonner une prise en charge médicale.[2]


Lorsqu’une famille doit choisir entre consulter un médecin, acheter de la nourriture ou préserver ses économies pour les mois suivants, l’existence d’une structure de soins accessible peut modifier profondément sa situation.


Dans un tel contexte, construire une clinique, former des secouristes ou mettre du matériel médical à disposition ne constitue pas simplement une amélioration d’un service déjà existant. Cela permet de créer une réponse qui n’existait pas auparavant : un lieu où consulter, suivre une grossesse, recevoir des premiers soins, conserver des vaccins ou stabiliser un blessé avant son transfert.


L’argent collecté ne finance donc pas une amélioration marginale. Il participe à la création d’un service essentiel susceptible de bénéficier durablement à l’ensemble d’une région.



Derrière les chiffres, des réalités humaines


Parler de coûts, de produit intérieur brut ou d’efficacité financière peut sembler abstrait. Pourtant, derrière ces données se trouvent des situations très concrètes.

Il y a une femme qui peut être accompagnée pendant sa grossesse et accoucher dans un environnement sécurisé. Un enfant qui peut recevoir un vaccin ou un traitement adapté. Une personne blessée qui peut être stabilisée suffisamment tôt pour supporter le trajet jusqu’à un hôpital. Une famille qui n’a plus à choisir entre payer des soins et conserver les ressources nécessaires à sa subsistance.


C’est cette réalité que cherche à soutenir une personne lorsqu’elle fait un don à une association humanitaire.


Il ne s’agit pas seulement de financer des sacs de terre, des équipements médicaux, des médicaments ou des heures de travail. Il s’agit de créer les conditions permettant à des personnes d’être soignées, protégées et accompagnées.


Une contribution individuelle ne suffit pas toujours, à elle seule, à financer une infrastructure. Mais associée à d’autres dons et intégrée à un projet structuré, elle peut participer à une réalisation dont les effets se prolongeront pendant de nombreuses années.



Soutenir l’économie et les compétences locales


Un projet humanitaire bien conçu ne doit pas remplacer les acteurs locaux ni imposer un modèle extérieur. Il doit au contraire s’appuyer sur leurs connaissances, leurs compétences et leur capacité à déterminer les besoins prioritaires de leur territoire.

Lorsqu’une association privilégie les matériaux disponibles sur place, emploie des ouvriers de la région et travaille avec des professionnels népalais, l’argent collecté produit plusieurs effets. Il finance directement le projet, soutient l’économie locale et contribue au développement de compétences qui pourront ensuite être réutilisées.


Cette démarche permet également d’éviter certains coûts et transports inutiles. Acheminer systématiquement depuis l’Europe des matériaux disponibles au Népal serait à la fois coûteux, peu écologique et parfois inadapté aux réalités du terrain.


C’est notamment l’un des intérêts de la construction en earthbag. Cette méthode repose principalement sur l’utilisation de terre et de matériaux accessibles localement. Lorsqu’elle est mise en œuvre dans un cadre technique rigoureux, elle permet de construire des bâtiments durables, adaptés aux zones isolées et résistants aux risques sismiques.


Le chantier devient alors plus qu’une étape de construction. Il constitue aussi un espace de formation et de transmission. Les compétences acquises restent sur place et peuvent être mobilisées pour de futurs projets.

La même logique s’applique à une structure médicale. L’objectif ne peut pas être de dépendre indéfiniment de missions étrangères. Une clinique durable doit être intégrée à son territoire, dirigée avec des partenaires népalais et animée par des professionnels présents dans le pays.



Des projets capables de produire des effets durables


L’impact de la solidarité internationale ne doit pas uniquement être mesuré à travers le nombre de biens distribués ou de personnes aidées ponctuellement. Un projet pertinent doit créer des effets qui se prolongent après le départ des bénévoles.

Une maison résistante aux séismes protège durablement une famille. Une formation aux premiers secours peut permettre à un habitant d’intervenir pendant plusieurs années auprès des membres de sa communauté. Une clinique peut assurer des milliers de consultations, accompagner des accouchements, organiser des campagnes de vaccination et stabiliser des blessés avant leur transfert vers un hôpital.


L’investissement initial peut ainsi avoir une portée très supérieure à sa valeur financière immédiate.

C’est cette recherche d’un impact durable qui guide les actions de Soterria. Nous ne souhaitons pas multiplier les interventions sans lien entre elles, mais développer des projets cohérents, ancrés dans leur territoire et suivis dans le temps avec nos partenaires locaux.


Faire davantage avec une somme limitée n’a de sens que si le résultat est utile, sûr et pérenne. Le coût plus faible d’un projet au Népal ne dispense donc jamais d’agir avec sérieux. Chaque économie réalisée doit bénéficier aux populations concernées, sans compromettre la qualité de la construction, la sécurité, la rémunération des professionnels ou la viabilité future de l’action.



La solidarité n’a pas de frontière


Aider une communauté située à plusieurs milliers de kilomètres ne signifie pas détourner le regard des difficultés rencontrées près de chez nous. Soterria mène également des actions en France, notamment auprès de personnes en situation de précarité. Ces engagements ne sont pas contradictoires : ils répondent simplement à des besoins et à des contextes différents.


Une maraude en France peut apporter de la nourriture, du matériel et une présence humaine à des personnes isolées. Un projet au Népal peut permettre de créer une infrastructure médicale qui n’aurait peut-être jamais existé sans une mobilisation extérieure. Dans les deux cas, l’objectif demeure le même : apporter une réponse concrète à une difficulté identifiée.


La solidarité repose sur une idée simple : la valeur d’une vie humaine et la nécessité d’accéder aux besoins essentiels ne dépendent ni d’une nationalité ni d’une frontière.

Lorsqu’une contribution accessible pour un donateur français peut participer à la sécurisation d’un accouchement, au traitement d’une infection, à la formation d’un secouriste ou à la construction d’une infrastructure médicale, son impact devient considérable.


Soutenir un projet à l’étranger, c’est donc choisir d’intervenir là où les besoins sont essentiels, où les solutions disponibles sont encore insuffisantes et où les moyens engagés peuvent produire des résultats durables.


Chez Soterria, nous souhaitons que cette aide reste concrète, transparente et directement liée aux réalités du terrain. Chaque projet est étudié avec nos partenaires locaux, adapté à son environnement et suivi par les membres de l’association.


Lorsqu’une personne nous confie un don, notre responsabilité est de faire en sorte qu’il serve réellement. Non pas seulement à financer une dépense ponctuelle, mais à créer une solution utile, durable et capable d’améliorer concrètement la vie des personnes auxquelles elle est destinée.




[1] La Banque mondiale indique pour 2024 un PIB par habitant d’environ 46 103 dollars en France et 1 447 dollars au Népal. Le rapport nominal est proche de 32, mais il ne constitue pas une comparaison directe des prix ou du pouvoir d’achat.


[2] L’OMS indiquait que les paiements directs des ménages représentaient 57,4 % des dépenses courantes de santé au Népal, avec des conséquences sur l’équité et la protection financière.


 
 
 

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